Pourquoi les corticoïdes peuvent faire monter la glycémie ?

La corticothérapie est le traitement dans lequel patient prend des corticoïdes : ces médicaments ont pour but de diminuer l’inflammation dans l’organisme.
Ils ont un impact majeur et très rapide sur la glycémie. C’est d’ailleurs l’une des causes les plus fréquentes d’hyperglycémie induite (une hausse du sucre dans le sang).
Voici concrètement ce qui se passe dans l’organisme, comment cela se manifeste et comment on le gère.
Les corticoïdes, c’est quoi ?
Au naturel, la glande surrénale (petite glande située au dessus de chaque rein) fabrique une hormone appelée le cortisol.
Cette hormone joue un rôle primordial dans de grandes fonctions du corps comme la défense de l’organisme contre les agressions (l’immunité), le contrôle de l’inflammation, l’utilisation des sucres ou encore la gestion du stress.

L’axe hypothalamo-hypophysaire-surrénalien
L’hypothalamus situé dans le cerveau envoie un message à l’hypophyse qui stimule alors les glandes surrénales.
Les glandes surrénales produisent alors du cortisol que l’on appelle endogène car il est produit naturellement par l’organisme.
Le système possède un mécanisme d’autorégulation ingénieux : quand le cortisol atteint un certain seuil, il « dit » au cerveau d’arrêter d’en produire. C’est le « rétro-contrôle inhibiteur ».
Le rythme naturel du Cortisol : une danse sur 24 heures 🕺💃
Votre cortisol suit un cycle précis :
- Entre 6h et 8h du matin : Pic maximal – c’est votre « réveil naturel » ⏰
- Durant la journée : Baisse progressive
- La nuit : Niveau minimal – pour favoriser le sommeil 😴
Plusieurs facteurs peuvent perturber ce rythme naturel : le stress chronique, le travail de nuit, ou les horaires irréguliers.
Quand le cortisol reste élevé le soir, le corps ne peut plus se préparer au sommeil.
C’est le début d’un cercle vicieux : mauvais sommeil → plus de stress → encore plus de cortisol.
À quoi sert le Cortisol normalement ?
Cette hormone orchestre plusieurs fonctions vitales :

la Corticothérapie : quand la dose naturelle ne suffit pas
Si notre corps produit naturellement du cortisol, on pourrait alors penser qu’il n’est pas nécessaire d’en rajouter. Et pourtant dans certains cas, le médecin prescrit des corticoïdes (dérivés synthétiques du cortisol comme la prednisone).
En effet, c’est une question de dose et une question de puissance.
1. Pour obtenir un effet « super-puissant » (Effet pharmacologique)
Le cortisol que votre corps sécrète naturellement sert à réguler l’énergie, la tension artérielle et à gérer le stress quotidien. C’est une dose dite physiologique (juste ce qu’il faut pour vivre).
Quand le médecin prescrit des corticoïdes, c’est pour apporter une dose bien plus élevée que ce que le corps est capable de produire. À forte dose, ces hormones se transforment en armes thérapeutiques redoutables :
- Un anti-inflammatoire surpuissant : Ils éteignent littéralement le feu de l’inflammation (dans le cas d’une crise d’asthme sévère, d’une colite, ou d’une maladie articulaire comme la polyarthrite rhumatoïde).
- Un immunosuppresseur : Ils calment un système immunitaire devenu fou qui agresse le corps (maladies auto-immunes, allergies graves, ou pour éviter le rejet d’une greffe).
2. Pour remplacer un manque (Effet substitutif)
Dans des cas plus rares, il arrive que les glandes surrénales du patient soient fatiguées ou détruites (comme dans la maladie d’Addison). Le corps ne fabrique alors plus du tout de cortisol. Le médecin prescrit donc des corticoïdes à petite dose, simplement pour remplacer ce que la nature ne fournit plus.
Pourquoi les corticoïdes font-ils monter le sucre dans le sang ?
C’est précisément parce que les doses prescrites par le médecin sont très élevées (pour bloquer l’inflammation) qu’elles finissent par perturber le métabolisme.

En résumé : Ces fortes doses de corticoïdes « ordonnent » au foie de libérer beaucoup de sucre et empêchent les muscles de bien l’utiliser, ce qui provoque la hausse de la glycémie (le diabète cortico-induit).
Les deux scénarios cliniques
L’impact dépend de votre profil avant le début du traitement :
1. Vous êtes déjà diabétique
Le traitement va déséquilibrer votre diabète, parfois de manière spectaculaire. Les glycémies s’élèvent généralement quelques heures après la première prise.
La hausse est surtout marquée l’après-midi et le soir (si les corticoïdes sont pris le matin), car l’effet hyperglycémiant maximal survient souvent 4 à 8 heures après l’ingestion de la cortisone.
2. Vous n’étiez pas diabétique
On parle alors de diabète cortico-induit. Le traitement révèle une prédisposition (un prédiabète qui s’ignorait). Dans la majorité des cas, la glycémie revient à la normale à l’arrêt ou à la baisse des corticoïdes, mais cela nécessite une surveillance car un vrai diabète peut parfois persister.
Comment gérer cet impact ?
En temps normal, le cerveau surveille en permanence le taux de cortisol dans le sang. S’il en manque, il envoie un signal aux glandes surrénales pour leur dire : « Fabriquez du cortisol ! ».
Quand un médecin prescrit une corticothérapie à forte dose et sur une longue durée, le cerveau constate qu’il y a déjà beaucoup de corticoïdes dans le sang. Il arrête alors d’envoyer des signaux de stimulation.
Privées de travail, les glandes surrénales s’endorment et cessent complètement de fabriquer du cortisol endogène.
Si on arrête le traitement du jour au lendemain, l’apport extérieur tombe à zéro. Le problème, c’est que les surrénales endormies mettent des semaines, voire des mois, à se réveiller. Le corps se retrouve soudainement avec zéro cortisol : c’est l’insuffisance surrénale aiguë.
Et sans cortisol, trois crises majeures éclatent simultanément :
- La fatigue extrême et les troubles digestifs : Le manque de cortisol coupe toute l’énergie du corps, provoquant des nausées, des vomissements, des douleurs abdominales et une faiblesse extrême.
- La chute de la tension artérielle (Hypotension) : Le cortisol est un « booster » naturel qui maintient la tonicité des vaisseaux sanguins et aide à maintenir la pression artérielle. Sans lui, les vaisseaux se relâchent totalement. La tension s’effondre, ce qui peut mener à un état de choc gravissime.
- La perturbation de la glycémie (Hypoglycémie) : Alors que les corticoïdes faisaient grimper le sucre pendant le traitement, l’absence totale de cortisol provoque l’effet inverse. Le cortisol est une hormone « hyperglycémiante » (qui ordonne au foie de libérer du sucre en cas de besoin). Sans lui, le corps n’arrive plus à maintenir son taux de sucre, entraînant de graves hypoglycémies.
Il ne faut donc jamais arrêter les corticoïdes brutalement !
Le conseil à l’officine 🏥
💡La règle d’or de la prise : Prendre les corticoïdes le matin
(pour coller au rythme physiologique du cortisol et limiter l’impact sur la glycémie nocturne).
⚠️ L’adaptation des doses : L’adaptation se fait au cas par cas, en collaboration étroite avec le médecin ou le diabétologue, mais elle suit des règles logiques basées sur l’autosurveillance avec un glucomètre.
💡 Le piège à éviter : la glycémie à jeun du matin. Comme l’effet des corticoïdes s’atténue la nuit, la glycémie du matin au réveil est souvent la moins perturbée. Il ne faut donc pas commettre l’erreur de régler toute l’insuline de la journée uniquement sur la base de la glycémie à jeun, on risque de surdoser le patient et de provoquer des malaises l’après-midi.
⚠️ Les corticoïdes inhalés passent aussi dans le sang. Le médecin prescrit des corticoïdes inhalés aux asthmatiques pour diminuer l’inflammation au niveau des bronches.
Une partie du produit inhalé descend profondément dans les poumons et alvéoles pour soigner l’inflammation : le médicament traverse la muqueuse pour rejoindre les capillaires sanguins.
Cette fraction passe directement et à 100 % dans le sang sans être filtrée, se diffusant ensuite dans le reste du corps.
Ainsi, chez le patient diabétique et asthmatique qui prend des corticoïdes inhalés à très fortes doses de manière prolongée, le cumul du passage pulmonaire peut suffire à faire grimper légèrement la glycémie ou à déséquilibrer un diabète préexistant.
💡 Le bon réflexe : Se rincer systématiquement la bouche et recracher l’eau après chaque inhalation de corticoïde. Cela élimine la cortisone restée dans la gorge, annulant ainsi la voie digestive et limitant au maximum le passage du médicament dans le sang.

Demandez toujours conseil à votre médecin ou votre pharmacien
✍️ Article rédigé par Véronique de Cambiaire, docteur en pharmacie
Découvrez nos articles sur la santé :
Tous nos articles sur la santé :
Vous appréciez nos articles ?
Chaque article est rédigé avec le souci de vous apporter une information fiable, claire et utile. Si nos contenus vous aident au quotidien, vous pouvez soutenir notre travail en partageant votre expérience au travers d’un avis Google.
Vos retours nous encouragent à poursuivre cette mission d’information et permettent à d’autres personnes de découvrir plus facilement nos publications. Merci pour votre confiance.

Laisser un commentaire