Voyages et santé : quels risques de maladies importées à La Réunion ?
Avec l’ouverture de nouvelles liaisons aériennes directes et le développement constant des échanges régionaux, notre île est aujourd’hui plus connectée que jamais au reste du monde. Si cette hyper-mobilité est une opportunité formidable pour l’économie et le tourisme, elle représente également un défi de taille pour la santé publique. En effet, l’avion ne transporte pas seulement des voyageurs, il déplace aussi, en quelques heures, des virus, des bactéries et des vecteurs de maladies.
En tant que professionnels de santé de premier recours à La Réunion, notre rôle à la pharmacie de l’Est est de vous informer en toute transparence, de décrypter les risques réels et de vous donner les clés pour voyager sereinement tout en protégeant notre île.

Une île connectée : d’où viennent les risques sanitaires ?
Le flux continu de passagers crée une porosité face aux maladies mondiales. Chaque zone géographique amène une vigilance particulière :
- La France Métropolitaine : C’est la voie majeure pour l’importation de virus respiratoires saisonniers (grippe, bronchiolite, Covid-19) ou de maladies infantiles en recrudescence comme la rougeole.
- Mayotte et Maurice : Les échanges très fréquents favorisent la circulation rapide d’infections. Les situations sanitaires précaires ou le manque d’eau courante dans certaines zones voisines peuvent amener des maladies intestinales ou des épidémies locales (comme le choléra).
- Madagascar et Les Comores (vol direct vers Moroni) : Ce sont des zones de vigilance pour le paludisme, une maladie parasitaire grave transmise par les moustiques.
- L’Inde (nouvelle ligne vers Chennai) et l’Afrique du Sud : Ces destinations nécessitent une vigilance face aux maladies tropicales et aux Bactéries Hautement Résistantes (BMR) aux antibiotiques.


Le cas des EVASAN
(ÉVAcuations SANitaires)
En tant qu’hôpital pivot de la zone, le CHU de La Réunion accueille des patients en détresse médicale via les EVASAN.
Rassurez-vous, ce système est ultra-sécurisé. Dès leur descente d’avion, ces patients sont pris en charge par des équipes dédiées et placés en isolement strict pour éviter toute propagation de bactéries résistantes dans nos cliniques et hôpitaux locaux..
Chaque année, ces EVASAN sont organisées vers La Réunion pour permettre la prise en charge de patients nécessitant des soins spécialisés. Ces transferts représentent un enjeu médical majeur, mais également un coût important pour le système de santé réunionnais. Pour en savoir plus, consultez cet article de presse.
Les pathologies sous haute surveillance
Les risques se divisent en trois grandes catégories :

1.
Les maladies transmises par les moustiques (Arboviroses)
Le moustique tigre (Aedes albopictus) est présent partout à La Réunion. Si un voyageur revient infecté et se fait piquer chez nous, le moustique local devient porteur et peut contaminer tout un quartier.
- Le virus Zika et la Fièvre Jaune : Le Zika est dangereux pour les femmes enceintes (risques pour le fœtus). Pour la Fièvre Jaune, le vaccin est obligatoire pour revenir des zones à risques.
- La Dengue et le Chikungunya : La dengue circule de façon régulière sur l’île. Le Chikungunya fait l’objet d’une veille constante.
- Le Paludisme (Malaria) : Éradiqué de La Réunion depuis 1979, les cas recensés chaque année chez nous sont 100 % importés. C’est une urgence médicale absolue : toute fièvre au retour de Madagascar ou d’Afrique doit être contrôlée.
2.
Les menaces virales internationales
- Virus Ebola : Le risque d’importation à La Réunion est très faible selon nos autorités sanitaires, mais comme Mayotte reçoit des personnes venant de différentes zones d’Afrique et plus particulièrement des migrants de la République Démocratique du Congo (RDC), les le sujet reste pédagogiquement essentiel. L’actualité récente en RDC montre que Mayotte et la zone océan Indien restent sous menace et vigilance constante.
- COVID-19 : Toujours présent dans les esprits comme le modèle de la propagation aérienne rapide.


3.
Les maladies environnementales :
-> le rôle des rongeurs
Toutes les menaces ne viennent pas de l’aéroport. Notre environnement tropical nécessite une vigilance constante face à des pathologies comme la Leptospirose, une maladie bactérienne grave liée aux urines de rats qui se propage dans les eaux douces et les sols boueux, surtout après de fortes pluies ou un cyclone. De même, l’Hantavirus représente un risque importé par les voyageurs de retour de zones rurales ou forestières à l’étranger.
Découvrez notre article complet :
Maladies transmises par les rongeurs : un risque à ne pas négliger
Un voyage à double sens :
quand La Réunion exporte ses virus
La circulation des virus ne se fait pas que dans un sens. L’histoire sanitaire montre que La Réunion a elle aussi envoyé des maladies ailleurs. Lors de la crise du Chikungunya en 2005-2006, ou plus récemment avec les vagues de Dengue, ce sont des voyageurs partis de La Réunion qui ont introduit ces virus en métropole et en Europe après s’y être fait piquer par les moustiques locaux. Se protéger ici, c’est aussi protéger les autres ailleurs !
Pourquoi la surveillance
sanitaire est essentielle ?
Grâce à la coordination de l’ARS et de Santé Publique France, La Réunion possède l’un des systèmes d’alerte les plus performants.
Dès qu’une maladie importée est signalée par un médecin ou un laboratoire, les équipes de la Lutte Anti-Vectorielle interviennent immédiatement autour du domicile du patient pour éliminer les moustiques et briser la chaîne de transmission avant que ses voisins ne soient touchés.
Votre check-list « Voyage » à la pharmacie de L’Est
La prévention commence au comptoir de votre officine :
• 6 semaines avant le départ : Passez nous voir pour vérifier vos vaccins et planifier vos traitements préventifs (notamment les antipaludiques).
• Anti-moustiques : Achetez des répulsifs adaptés aux zones tropicales
• Au retour : En cas de fièvre, frissons ou courbatures dans les 3 mois après votre voyage, consultez un médecin en urgence et dites bien : « Je reviens de voyage ».
Voyager responsable, c’est protéger sa propre santé, mais aussi celle de tous les Réunionnais !
✍️ Article rédigé par Cléane Ibao, responsable du digital
Validation pharmaceutique par Véronique de Cambiaire, docteur en pharmacie

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